Le sevrage tabagique
en milieupénitentiaire
Enquête menée dans les établissements carcéraux lillois auprès des personnes détenues, des professionnels de santé et de l'administration pénitentiaire — pour identifier les freins et lever les obstacles à l'arrêt du tabac en détention.
Principaux résultats
Majorité d'hommes de 26–45 ans, suivis en psychiatrie à plus de 60 %, avec une forte prévalence de co-addictions. 35,9 % présentent une dépendance forte au tabac.
L'incarcération (stress, ennui, incertitude) est le premier frein à l'arrêt. Le tabac joue un rôle de régulateur émotionnel et de rituel social difficile à dissocier du quotidien.
64,3 % sont habilités à prescrire des substituts nicotiniques, mais moins de la moitié le font — faute d'habilitation logicielle et de formation. Les idées reçues sur la motivation des patients persistent.
Les soignants ayant délivré un conseil minimal d'arrêt ont un impact direct sur l'intention d'arrêt des patients. La formation est le levier principal identifié.
Les personnels reconnaissent le rôle central du tabac en détention — comme outil d'apaisement et monnaie d'échange. Ils pointent le manque d'activités et l'absence de collaboration avec l'unité sanitaire.
Patients et soignants ont identifié les mêmes aides au sevrage. La coordination entre santé et administration pénitentiaire est préconisée par les textes mais insuffisamment mise en œuvre.
Recommandations issues de l'enquête
Les soignants formés appliquent davantage le conseil minimal — levier direct sur l'intention d'arrêt des patients. La formation doit couvrir soignants et personnels de l'AP, pour combattre les idées reçues et améliorer la prescription de substituts nicotiniques.
L'AP peut orienter les fumeurs en difficulté vers l'USMP et faciliter l'organisation d'actions de prévention. Cette collaboration est préconisée par les textes réglementaires mais reste insuffisamment mise en œuvre sur le terrain.
Entretien motivationnel, travail sur l'estime de soi, gestion des émotions, relaxation, TCC : le soutien psychologique doit être structuré en réponse aux fonctions apaisantes du tabac en contexte carcéral.
Face aux difficultés du sevrage complet dans un environnement stressant, la réduction de consommation ou le recours à la cigarette électronique peuvent constituer une première étape réaliste et une entrée dans la relation de soin.
Ces projets peuvent faire l'objet d'appels à projet auprès des organismes d'état (PNLT 2023-2027, Stratégie décennale cancer, Feuille de route santé PPSMJ 2024-2028) pour un financement dédié.
Méthode et terrain d'enquête
Auto-questionnaires papier portant sur le tabagisme, les difficultés ressenties et les demandes d'aide au sevrage
Auto-questionnaires papier analysant les pratiques, les difficultés et les besoins supposés de la population carcérale
Entretiens individuels pour connaître le positionnement des personnels dans la lutte contre le tabac en détention
Étude menée sur l'ensemble des structures carcérales lilloises — Centre Pénitentiaire d'Annœullin et Maison d'arrêt de Loos — couvrant les trois catégories d'acteurs impliqués dans la prise en charge du tabagisme en détention. Année 2024–2025.
Accéder au mémoire
Ce mémoire a été réalisé dans le cadre du Diplôme Inter-Universitaire de Tabacologie et aide au sevrage tabagique (2024–2025), sous la direction du Dr Emmanuel Luneau au CHU de Lille.
Il constitue la première étude croisée menée auprès des trois populations concernées par le sevrage tabagique dans le secteur pénitentiaire lillois — détenus, soignants et administration pénitentiaire.
Mémoire complet — Sevrage tabagique en milieu pénitentiaire
Iris Lemarquis · DIU Tabacologie · 2024–2025Vous souhaitez échanger ?
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Iris Lemarquis — Infirmière diplômée d'état, CHU de Lille